Les nouvelles façons d'être papa

Exit le père sévère ou absent ! Les jeunes papas s’investissent aujourd’hui au quotidien... et dès les premiers jours. Mais qu’ont-ils de si différent ? Quelles difficultés rencontrent-ils ?

©IStock

« Quand je suis devenu papa de Mathilde, il y a six ans, une chape de plomb m’est tombée sur les épaules, raconte Xavier. Privé de référence paternelle, je savais à quel point un père compte dans l’éducation des enfants... » Pour le psychologue Jean Le Camus, « le père s’oppose souvent à la toute puissance maternelle. Il ouvre l’enfant à l’esprit de la Loi, à l’universel », explique-t-il. Mais, au-delà, le papa du XXIe siècle cherche à s’inscrire de plus en plus dans le quotidien. « C’est l’une des principales revendications des jeunes pères. Entre 25 et 35 ans, ils ne boudent ni biberon, ni couches », se réjouit Gilles Vaquier de Labaume, spécialiste de la petite enfance et initiateur des Ateliers du futur papa. Un signe ? « Il y a peu, c’était leur femme qui les inscrivait. Aujourd’hui, les pères sont demandeurs ! Ils cherchent à se connecter à leur nourrisson le plus vite possible, sachant que ces premiers moments sont fondateurs. »

« Nathanaël a 14 ans, j’ai le sentiment que nous nous éloignons l’un de l’autre. Comment ne pas perdre le fil de la communication ? » MICHAEL, 52 ANS

La réponse de Gilles Vaquier de Labaume, initiateur de l’Atelier du futur papa.

Entre les jeux vidéo, les réseaux sociaux et... les devoirs, le temps passé avec nos ados est réduit à la portion congrue. Les pères se résignent trop souvent à cette prise de distance, qu’ils estiment fatal. Je conseille d’instituer des rituels, ce que je fais avec mon beau-fils de 14 ans : une séance de sport par semaine et un restaurant (ça peut être aussi un café...), l’important est d’être à deux, père-enfant, et d’inclure ces moments dans le planning !
Pour éviter que ne s’installe le silence, je suggère aux pères de parler... d’eux- mêmes, ce qu’ils font trop peu. Ne craignez pas de jouer aux « vieux », ils adorent les confidences des parents ! Profitez de la mode vintage pour partager vos préférences musicales (David Bowie, les Rolling Stones) et lui faire écouter vos opéras favoris. Ne dénigrez pas ses goûts, vous pourrez aussi lui faire découvrir les vôtres. L’essentiel est de proscrire le jugement et l’ironie. Si vous vous mettez à critiquer ses goûts ou ceux de ses amis – qui sont le reflet de lui-même –, vous risquez de le voir s’éloigner de vous.

LES PÈRES SONT PLUS DISTANTS AVEC LEUR FILS ?

La relation père-fils est toujours complexe et souvent frustrante. Le psychanalyste italien Massimo Recalcati invente le concept de complexe de Télémaque. Tous les fils, tel Télémaque, scrutent l’horizon en quête de leur père, Ulysse. « Un père, même s’il n’est pas parti sur les mers, brille souvent par son... silence », décrypte le psychanalyste Jean-Pierre Winter. Ce silence, source de malentendus, que les fils, devenus grands, interprètent au mieux comme de l’indifférence, au pire comme du mépris ! « C’est surtout le cas à l’âge adulte, note Massimo Recalcati. Le père incarne souvent un modèle professionnel et le fils lit dans cet éloigne- ment paternel une sorte de reproche, une déception. »
Et si cette distance paternelle était due à la crainte d’être détrôné ? Difficile passation de pouvoir. « Si, consciemment, tous les pères souhaitent la réussite de leur fils, inconsciemment, il en va autrement, analyse Jean- Pierre Winter. Les pères peuvent être très déstabilisés par leur réussite. Avec les filles, c’est différent. Les pères leur donnent souvent des ailes, et les encouragent professionnellement. » D’après le psychanalyste italien, le père doit apporter le pain à la maison. Mais être aussi le levain qui aide à grandir. « Plus tôt il prendra ses marques auprès de l’enfant, plus il jouera avec lui, plus il s’occupera de lui, moins il laissera s’installer cette distance, si redoutée dans la relation. »

« Quand Esther est née, j’ai décidé de prendre un congé de paternité de six mois, car mon épouse gagne un salaire supérieur au mien. Je ne voudrais pas, pour autant, me transformer en “maman bis”. Comment faire la différence ? » LUCAS, 28 ans

La réponse de Jean Le Camus, professeur de psychologie.

Vous n’avez aucune inquiétude à avoir. Un père ne “cocoone” pas son enfant de la même manière qu’une mère. Les chercheurs en psychologie ont bien insisté sur le fait qu’un papa se montre beaucoup plus « taquin » qu’une mère. Il introduit de l’humour, et même une certaine forme de déstabilisation dans les jeux. On a remarqué qu’il initiait déjà son bébé, très tôt, à une forme de compétition. Il va jouer à se battre « pour rire », même si, à tout moment, il faut rester, celui qui arrête le combat, celui qui, comme un juge, va décréter que le jeu est terminé. On sait que le père stimule aussi l’enfant dans ses relations sociales. À Toulouse, nous avons observé les bébés nageurs avec leurs parents. Alors que la mère serre volontiers l’enfant contre son corps, le père le pousse vers l’animateur, les autres enfants ou les objets flottants... Bref, il l’encourage à aller vers l’autre. Au fond, le père est un “catalyseur de prise de risques”. Il ne s’agit pas pour vous, bien évidemment, de mettre en danger votre bébé. Mais de le faire grandir en l’aidant à sortir du nid.

« Je suis un “papa du dimanche”. Je m’occupe des enfants la moitié du temps. Forcément, j’ai tendance à tout leur passer, à vouloir leur faire plaisir. » LIONEL, 37 ANS

La réponse de Gilles Vaquier de Labaume, initiateur de l’Atelier du futur papa.

Ce cas de figure est classique. Le père, culpabilisé et moins présent que la mère, va vouloir inconsciemment compenser son absence par une surabondance de propositions de sorties et de cadeaux. Or, non seulement cela ne fonctionne pas, mais l’effet est inverse. Plus vous serez de façon spectaculaire en demande d’affection, plus votre enfant se sentira insécurisé... Et en jouera. On entre dans un cercle vicieux, et sa demande sera sans fin. Offrez-lui plutôt des souvenirs exclusifs, des moments simples (une promenade en forêt, une soirée pizza) qui seront en mémoire pour longtemps. Continuez (même le dimanche !) à fixer des limites, sans autoritarisme. Permettez-lui de verbaliser ses émotions, et n’oubliez pas d’exprimer les vôtres, au lieu de le punir de facto (le point faible, souvent, encore aujourd’hui chez les pères). Il abuse, fait des caprices ? Rusez en lui proposant, par exemple, de « vrai-faux choix » : « Veux-tu prendre ta douche avant manger ou après manger » ; « Il pleut, tiens, voici ta parka. Tu commences par enfiler le bras gauche ou droit ? » 

SOPHIE CARQUAIN 

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