Tisser des liens avec les grands parents

Libérés du souci éducatif, les grands-parents sont un atout de choc auprès de leurs petits-enfants. Et un soutien précieux, voire une soupape de sécurité pour les parents.

AVANT 3 ANS À TOUT PETITS PAS

Pendant les trois premières années, les grands-parents ont pour vocation... d’être discrets ! « C’est l’apprentissage de la frustration », souligne la psychanalyste Catherine Audibert. « Il faut savoir se rendre disponible, mais rester toujours en retrait. Les jeunes grands-mères ont très envie de s’investir, mais il faut déjà laisser les jeunes parents construire leur petite cellule familiale. Et ils sont parfois soucieux d’éviter toute intrusion. » Aux grands-parents, donc, d’adopter un profil bas... Tout en indiquant leurs disponibilités. « Mes belles-filles savent que je peux les garder le mercredi, et pendant une semaine de vacances. Mais que je ne peux pas assurer les gardes de dernière minute pour cause de petites maladies ou les pannes de nounous », confie Béatrix. Quand l’enfant grandit, les aînés se révèlent vite indispensables : « Dans ces cas-là, il est conseillé de ne faire aucune remarque déplacée sur l’usage de la tétine, etc. Et d’accepter la liste de consignes longue comme le bras », signale Béatrice Copper-Royer. Ce sont des moments de construction. Les parents apprennent aussi à être parents !

DE 3 À 6 ANS LE RITUEL DE LA RENCONTRE

C’est l’âge d’or pour les histoires, les chansons, le parc... Les grands-parents sportifs vont commencer à leur faire partager leur sport de prédilection, tennis, vélo. À cet âge, les petits adorent les rituels – retrouver le gâteau au chocolat, le petit plat préféré, le même jeu... C’est aussi le début de la « petite histoire familiale ». « À cet âge, les parents représentent pour les enfants la “statue du commandeur”. Ils adorent glaner des informations sur leurs parents quand ils étaient petits, leur comportement à la maison, en classe... et tout cela resserre les liens entre toutes les générations », signale Béatrice Copper Royer. À partir de 5 ans, les petits-enfants osent poser des questions (par exemple sur la mort, l’angoisse...) qu’ils ne posent pas forcé- ment à leurs parents. Conseil de la psy ? On est aussi là pour recadrer les enfants, avoir ses exigences, en ce qui concerne la politesse, ou la durée d’utilisation des écrans. Même s’il vaut mieux être synchrones avec les parents, on peut aussi imposer sa façon de voir.

Une aide précieuse quand rien ne va plus

Divorce compliqué, décrochage scolaire, deuil... Et si les grands-parents étaient là aussi pour aider en cas de coup dur ? Très investis, moins anxieux, ils dédramatisent souvent les crises. « Devant une rafale de mauvaises notes, les parents sont rapidement envahis par l’angoisse, en posant déjà des mots qui fâchent et en faisant flamber l’anxiété », explique Marcel Rufo. « Au contraire, les grands-parents offrent une ère de tranquillité. Ils aident l’enfant à reprendre confiance en lui, à remonter en selle. »

Idem pour une séparation : « Ils sont une vraie soupape de sécurité, si les parents se déchirent, affirme la psychanalyste Catherine Audibert. C’est un relais qui permet à l’enfant ou l’adolescent d’être encore plongé dans l’univers familial, mais à distance de l’ambiance conflictuelle. »

Les grands-parents, ce maillon fort, peuvent être de vrais thérapeutes. « Je les convie parfois en consultation, parce qu’ils comprennent souvent mieux l’origine des crises que les parents, raconte Marcel Rufo. Ils sont clairvoyants et de vrais alliés thérapeutiques. »

DE 7 À 11 ANS L’ATOUT CULTURE

C’est l’âge préféré des grands-parents. Pendant cette fameuse « période de latence », où les pulsions sont en veille, les enfants sont prêts pour la culture, les musées, l’ouverture au monde. Profitons-en ! « Les parents sont très angoissés par la scolarité ? Les grands-parents sont là pour prendre une distance, voire donner un petit coup de main. Profitez de cette période pour resserrer les liens (si ça n’a pas déjà été fait) avant l’adolescence », suggère Béatrice Copper- Royer. Armelle le Bigot Macaux, présidente de l’EGPE (École des grands-parents européens), suggère de jouer au jeu des interviews (quand tu étais petite, raconte-moi) ou de disposer, dans l’appartement, des « objets qui font parler » (barrettes de l’enfance, berceau, ou tout simplement album-photos). Les questions viennent d’elles-mêmes et on peut raconter la petite histoire et la grande... Emmenez-les aussi sur les lieux historiques (plages du débarquement, musées, parcs...). Enfin, n’hésitez pas à organiser des cousinades : les relations entre cousins sont souvent délivrées des rivalités de la fratrie, et ils adorent...

Sophie CARQUAIN