13-18 ans, une autorité à redéfinir

Changer les formes d’autorité ne signifie pas abdiquer face à son adolescent. Au contraire, il faut construire une nouvelle relation dans laquelle le parent n’est pas le copain. Avec des règles claires. Pour que chacun continue d’avancer. 

ARRIVÉ À L'ADOLESCENCE, l'enfant a déjà franchi bien des étapes sur la route de l'autonomie. Comme le montre la sociologue Dominique Pasquier, à cet âge son moi social se forge au contact des pairs autant que par la culture familiale à laquelle l'adolescent cherche à échapper. Pour le pédopsychiatre Philippe Jeammet, il est donc essentiel que cette autorité parentale " ait toujours un sens " et soit savamment dosée pour que l'adolescent " ne se sente ni abandonné ni brimé ".

VERS L’AUTONOMIE

« Naturelle de la part de ceux qui, aux yeux de la loi, exercent l’autorité parentale », cette autorité est nécessaire pour que l’adolescent puisse continuer à avancer, mais aussi pour que la maisonnée puisse coexister, rappelle pour sa part le pédopsychiatre Patrice Huerre. Et ce, même s’il est devenu difficile pour l’adulte d’imposer cette autorité. « L’idéal éducatif laisse penser au parent que ça ne doit plus se passer comme autrefois... Le mot d’ordre serait même d’inventer sa façon d’être parent », observe celui qui plaide d’abord pour un retour au bon sens. « Trop souvent, je vois des parents qui, dans le fond, savent bien ce qui fait du mal à leur jeune, qui sont conscients qu’ils devraient condamner fermement telle ou telle attitude et ne le font pas », observe Patrice Huerre.

Le psychiatre regrette simplement que « la crainte de perdre l’amour de ses enfants en sanctionnant » empêche parfois des actes d’autorité qui aideraient pourtant bien plus l’adolescent à grandir et avancer. On n’interdit pas pour interdire, mais parce que c’est dangereux ou mauvais, rappellent à l’unisson Patrice Huerre et Philippe Jeammet, tous deux convaincus des bienfaits de règles claires, posées à froid, avec lesquelles le parent ne transige pas.

Ermance Musset

L’ADOLESCENT A BESOIN DE NOTRE AUTORITÉ

L'AVIS DE MARIE-CHARLOTTE CLERF, COACH FAMILLES 

« Je suggère que les parents proposent un cadre avec ses quatre côtés. Le premier côté, ce sont les interdits de la loi. Ils sont là pour protéger l’adolescent lui-même. Exemple, l’interdiction de consommation de can- nabis. On ne transige pas avec. Le deuxième côté est composé des interdits familiaux. Là, tout dépend de la famille, ou du jeune. Ça peut être le scooter, le piercing ; mais c’est non négociable ! Contrairement au troisième côté, composé de ce dont on parle ensemble, car il est important qu’il y ait des sujets à discuter : ce sont les sorties, les retours de soirée... Et puis le dernier côté, lui, est composé des choses libres. Il est essentiel lui aussi pour la préparation de l’adolescent à l’autonomie et il faut augmenter ces libertés à mesure qu’il grandit. »

LE RÔLE DU PÈRE

La fonction paternelle traditionnelle est désormais redistribuée au sein de la famille et exercée par chacun des parents en fonction des besoins et des situations, note le psychiatre Patrice Huerre. « On n’est plus dans la formule classique du père chef de famille, ce qui permet une répartition différente des rôles », ajoute-t-il, conscient que l’important c’est qu’il reste une autorité. Sur ce sujet, en revanche, le pédopsychiatre Philippe Jeammet serait plus conservateur : pour lui, le rôle du père reste tout de même essentiel puisqu’« il est ce tiers qui permet de sortir de l’emprisonnement dû à une trop grande proximité avec la mère ».

« CHANGER DE RELATION AVEC LES 18-24 ANS »

INTERVIEW DE Anne Mortureux, psychologue clinicienne

La cohabitation avec un jeune majeur est souvent difficile. Quel modèle inventer, qui ne soit ni hôtel ni colocation ? Ni l’un ni l’autre ne sont un bon modèle, effectivement. D’abord, il faut comprendre que la maison est le lieu où notre enfant, même à 20 ans, se ressource, se fait consoler. La vie n’est pas toujours tendre pour cette tranche d’âge et celui qui est obligé de revenir le vit comme un échec, un retour en arrière. Même présent physiquement, il est parti dans sa tête et nos demandes peuvent lui sembler bien éloignées de ses préoccupations d’emploi ou d’études. Sans compter que 18-24 ans, c’est encore l’âge des problématiques identitaires, le moment où il faut se décider pour l’avenir. Face à tout cela, il faut savoir se montrer discrètement disponible, créer des moments de complicité. C’est le seul moyen pour que le jeune comprenne que cette situation n’est pas simple non plus pour nous les parents.

Difficile de reprendre cette discussion que parfois l’adolescence a mise entre parenthèses... La relation établie avec son enfant lorsqu’il était petit évolue constamment. Il faut écrire un nou- vel épisode en n’hésitant pas à raconter que pour soi aussi cette période n’a pas été simple. On ne parle plus à un jeune de 19 ans comme on lui par- lait à 16 ans. Il ne faut pas hésiter à aborder la question du sens de la vie, quand le contexte s’y prête bien sûr.

On n’est donc plus dans un lien d’autorité ? Confiance et autorité sont liées parce que tout petit l’enfant a placé sa confiance dans l’adulte qui avait autorité sur lui : le parent. Bien sûr, lorsqu’on est majeur, les relations se recomposent, on glisse vers un accompagnement fait d’écoute, de moments partagés et de compréhension mutuelle. Avec l’idée que l’en- fant va partir ou repartir, et qu’il faut profiter du moment en l’aidant à consolider sa construction.

PROPOS RECUEILLIS PAR E. M.