Dormir c'est bon pour la santé

Les enfants et les adolescents ne dorment pas assez. Ce manque peut se révéler préjudiciable pour leur développement, s’inquiètent les scientifiques. Car le sommeil remplit des fonctions vitales. Décryptage.

PRÈS DE 90 % des 15-24 ans sont en manque chronique de sommeil, selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV). De combien de temps ? Une heure dix en moyenne par nuit. Une dette de sommeil préoccupante. « Très récemment, on a pu observer par IRM des adolescents qui se couchaient tard avec des horaires très irréguliers, explique Joëlle Adrien, directrice de recherche à l’Inserm et enseignante en neurobiologie de la veille et du sommeil. Résultat, leur cerveau présentait un déficit de matière grise dans les zones utilisées pour l’apprentissage et la mémoire. Ce qui a confirmé notre hypothèse : le sommeil est essentiel pour le développement cérébral. » Par ailleurs, le sommeil lent profond permet au cerveau de faire le tri et d’intégrer toutes les informations qu’il reçoit chaque jour. Un rôle vital, là aussi. « Dès qu’ils fonctionnent, les circuits neuronaux produisent des déchets qu’il faut évacuer, précise Joëlle Adrien. 

QUAND ON DORT, ON MÉMORISE

Pendant que nous dormons, nous continuons aussi de travailler, mine de rien ! Le sommeil consolide cer- taines informations reçues dans la journée et favorise leur mémorisation. Le sommeil lent profond stimule la mémoire épisodique, celle qui permet de se rappeler les faits du jour. Le sommeil paradoxal, lui, booste la mémoire procédurale, autrement dit les processus et les savoir-faire qui nous permettent de réaliser une tâche. « Endormis, nous ne cessons de réviser ce que nous avons découvert dans la journée », ajoute Joëlle Adrien. « Voilà pourquoi il est important d’apprendre ses leçons sur plusieurs jours car, entre chaque jour, il y a une période de sommeil qui chaque fois consolide ce qui a été appris », complète Armelle Rancillac, chercheure en neurosciences au Collège de France. Le sommeil a une influence aussi sur la concentration. Quand on en manque, le cerveau est obligé de mobiliser ses ressources pour lutter contre l’envie de dormir. De plus en plus de chercheurs estiment également que l’hyperactivité serait liée aux troubles du sommeil. 

POURQUOI LES ADOLESCENTS ONT BESOIN DE DORMIR

Si les adolescents rechignent à se coucher tôt, ce n’est pas (forcément) de leur faute. Il sont victimes d’une diminution du sommeil lent profond, qui est le sommeil plus récupérateur. Selon l’organisme américain National Sleep Foundation, les 14-17 ans ont besoin de dormir entre huit et dix heures par nuit car les pro- fondes transformations physiologiques et hormonales qui marquent l’adolescence imposent ce temps de récupération. Ce qui signifie, dans l’idéal, que pour un réveil en semaine aux alentours de 7 heures, le coucher des adolescents devrait avoir lieu vers 22 heures. Difficile à imposer. À défaut, ils rattrapent leurs heures de sommeil manquantes par de longues grasses matinées : en moyenne 2 h 40 de plus le week-end. En soi, la solution est loin d’être idéale. Le sommeil du matin n’a pas les mêmes vertus récupératrices que celui du soir. Mais ce rattrapage est nécessaire. Et les pénalise finalement moins que les horaires irréguliers du coucher dans la semaine. Il faut juste éviter un trop grand décalage et opter le week-end pour un lever vers 11 heures plutôt qu’à 14 heures. Beau programme. 

QUAND ON DORT PEU, ON GROSSIT

C’est aussi pendant le sommeil que la synthèse d’un certain nombre d’hormones se fait, dont l’hormone de croissance. Dormir fait donc grandir, mais ce n’est pas tout. Le sommeil régule la faim. Voilà pourquoi, quand on dort peu, on grossit car on a plus d’appétit. « On a tendance à préférer des aliments plus gras et plus sucrés, prévient Joëlle Adrien. Et on métabolise beaucoup moins les aliments. Résultat, non seulement on mange plus mais on élimine moins. » D’où les problèmes d’obésité chez les enfants et les adolescents qui dorment insuffisamment. « Le sommeil régule la glycémie, ajoute Armelle Rancillac. Quand on dort peu, on perturbe ce métabolisme d’où les risques également de développer du diabète. » 

Le train du sommeil

C’est la succession des différentes phases de sommeil lent léger, lent profond, puis paradoxal qui se répètent plusieurs fois pendant la nuit.

Le sommeil lent léger c’est par lui que commence la nuit. Il est fragile, au moindre bruit, nous nous réveillons. Et occupe en moyenne 50 % de nos nuits.

Le sommeil lent profond il succède au sommeil lent léger au bout d’une dizaine de minutes. Il représente 40 % du temps global de sommeil. Il est de plus en plus profond au fur et à mesure de la nuit.

Le sommeil paradoxal il s’installe au bout d’une heure environ de sommeil lent profond. C’est la deuxième phase du cycle de sommeil. À ce stade, le sommeil est très profond, le corps est complètement inerte et les rêves s’installent. Le réveil se fait quand l’enchaînement des cycles de sommeil a été suffisant pour récupérer.

QUAND ON DORT MAL, ON EST MOINS IMMUNISÉ

Le sommeil est fondamental pour notre bonne santé physique et mentale. Il booste nos défenses immunitaires et régule nos humeurs. Mal dormir rend irritable, triste, donne des idées noires, c’est même anxiogène. « Nous sommes alors moins armés pour faire face au stress et avoir des réactions adaptées à notre environnement », précise Armelle Rancillac. Le manque de sommeil chronique peut même conduire à la dépression.

« Le temps de sommeil idéal dépend de chacun, conclut Joëlle Adrien. Il existe des gros et des petits dormeurs, certains ont besoin de moins de 6 heures par nuit pour être en forme, d’autres de plus de 9 heures. Contre ça, nous ne pouvons rien car c’est génétiquement déterminé. »

Lise DAVID