Chez nos voisins, un examen qui gagne du terrain

Comment se négocient la fin du lycée et l’entrée dans le supérieur dans les autres pays de l’OCDE ? Moins solennels qu’en France, les exa- mens nationaux – l’équivalent de notre bac – n’en demeurent pas moins des valeurs sûres.

INSTITUTION NAPOLÉONIENNE de deux cents ans d’âge, le bac revêt en France une symbolique forte. Qu’en est-il ailleurs ? « Cet examen est moins chargé d’histoire dans d’autres pays, ce qui a permis de le réformer plus facilement », estime Éric Charbonnier, analyste à la direction de l’Éducation et des compétences de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

Dans certains pays, comme l’Italie et la Suisse, le mot “maturité” désigne ce sésame qui, en France comme ailleurs, tient aussi du rite de passage à l’âge adulte. Ses finalités peuvent varier d’un pays à l’autre. L’organisation du bac diffère mais le dispositif est en général plus léger (et moins coûteux) que chez nous. « Il n’y a qu’en France que l’on ferme le lycée un mois et que l’on passe jusqu’à une dizaine d’épreuves. La plupart des pays se limitent à 3, 4 ou 5 matières et introduisent une part de contrôle continu », précise Éric Charbonnier. Certains ont recours à l’interdisciplinarité, qui permet de relier les connaissances... et de faire des économies en organisant moins d’épreuves. « L’Estonie, la Finlande et le Canada ont introduit de grands thèmes transversaux dans leurs programmes », illustre l’analyste.

FINLANDE : SOUPLESSE, SÉLECTION ET LENTEUR

Né en 1852, l’examen national qui clôt le lycée général (lukio) répond au doux nom de “ylioppilastutkinto” et comprend au minimum quatre épreuves. Le secondaire finlandais ne s’organise pas en filières. C’est un système à la carte avec des modules obligatoires et facultatifs. Les conseillers d’orientation, qui aident les élèves à les choisir avec discernement, jouent un rôle majeur. Le dispositif repose aussi sur la sélection : les notes du ylioppilastutkinto influent sur l’admission dans telle ou telle filière du supérieur, laquelle peut aussi imposer des tests. Conséquence : beaucoup de Finlandais réussissent leur parcours dans le supérieur, mais ils tardent à y entrer. Recalés aux tests, certains attendent des années avant de retenter leur chance. En 2014, la mise en place d’un système d’admission centralisé (un genre de Parcoursup) visait à accélérer le processus. Dans un récent rapport, l’OCDE préconisait aussi de fonder les admissions sur les résultats du bac finlandais et de supprimer les autres tests.

ESSOR DU BACCALAURÉAT INTERNATIONAL

Un consensus semble néanmoins se dessiner. Dans une publication sortie en 2016, Les grands débats du baccalauréat : éclairage du Cnesco, le Conseil national d’évaluation du système scolaire montrait que le nombre de pays de l’OCDE qui organisent un examen national pour clore le secondaire avait doublé en vingt ans. Une façon d’améliorer la qualité de la formation grâce à une évaluation fiable et reconnue. Derniers pays à avoir sauté le pas : la Belgique francophone, l’Autriche et la Norvège.

Par ailleurs, si aucun pays n’impose autant d’épreuves que la France, la tentation encyclopédiste titille cer- tains. En témoigne le succès, modeste mais grandissant, du baccalauréat international, qui comporte six matières et un tronc commun. Cette évolution, à l’heure où la France songe à réduire la voilure de son “bachot”, atteste d’une harmonisation au niveau mondial. Pour arriver à l’examen parfait ?

ANGLETERRE : DU SUR-MESURE POUR LE SUPÉRIEUR

Outre-Manche, les universités dictent quasiment la fin du secondaire. Il n’existe pas de filières. Durant les deux dernières années de lycée, l’élève étudie trois à cinq matières, qu’il présentera lors des A-levels, l’équivalent de notre bac. Il les choisit selon ses goûts ou son projet d’études supérieures. Chaque université précise en effet les disciplines et les notes nécessaires pour intégrer telle ou telle voie. Avantage : les jeunes savent ce qu’on attend d’eux. Inconvénient : l’examen prend le pas sur la formation. Du coup, une réforme lancée en 2012, et en cours d’instauration, s’efforce de rectifier le tir. Fini, les épreuves semestrielles. Désormais, seules comptent celles de la dernière année. Par ailleurs, un nombre réduit, mais en hausse, d’établissements propose le baccalauréat international, qui com- porte plus de matières. L’Angleterre s’interrogerait-elle sur son modèle ?

ITALIE : PAS DE LIEN ENTRE LE LYCÉE ET LE SUPÉRIEUR

L’épreuve orale de la maturità (le bac italien), baptisée colloquio, présente l’avantage de faire travailler l’éloquence et d’être interdisciplinaire. « L’examen mise aussi sur le contrôle continu et comprend trois épreuves écrites. Il est assez équilibré. En revanche, l’orientation post-bac pose problème », estime Éric Charbonnier, à l’OCDE. « Le lycée italien n’a pas pour priorité d’aider les élèves à choisir leurs études supérieures, commente Luisa Lombardi, docteur en sciences de l’éducation, Université Paris-Descartes. Ainsi, par exemple, l’organisation de la voie générale en six cursus similaires ayant un nombre conséquent de matières en commun permet aux lycéens de remettre à plus tard leur choix de spécialisation. » Une fois à l’université, les étudiants mettent du temps à obtenir leur diplôme et sont nombreux à échouer. Pour rendre la fac plus attractive, le gouvernement italien réfléchit à créer des diplômes de niveau bac + 2, comme il en existe en France.

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