Quels enjeux pour le nouveau bac ?

Jean-Michel Blanquer a suivi en partie les propositions de la commission Mathiot chargée de plancher sur le nouveau bac. Exit donc les séries en filière générale, elles sont maintenues en filière technologique, et place au contrôle continu et au cursus modulaire. 

LA FIN DES SÉRIES

En lieu et place des séries S, ES ou L en lycée général, les élèves suivront un tronc commun de sept disciplines correspondant à 16 h de cours par semaine en première, puis 15 h 30 en terminale. À ce tronc commun s’ajouteront des disciplines de spécialité que les lycéens devront choisir parmi une liste de onze disciplines : trois en première, puis deux en terminale, soit 12 h d’enseignements par semaine. 1 h 30 hebdomadaire sera également consacrée à l’orientation et 3 h à un enseignement facultatif. Parmi les nouveautés, par exemple, maths expertes, maths complémentaires ou droit et grands enjeux du monde contemporain. Dans cette architecture où l’élève aura a priori la possibilité de choisir plus librement ses cours, l’objectif est de permettre à chacun de préparer un bac adapté à son profil, gage escompté d’une meilleure réussite. « En supprimant les séries, l’idée est aussi de casser la hiérarchie qui existe entre elles, analyse Bruno Magliulo, inspecteur d’académie honoraire. Reste que dans les combinaisons de spécialités que propose ce nouveau bac, on voit bien le risque potentiel de recréer ces séries. Il suffit de choisir maths et physique-chimie en spécialités et maths complémentaires en option pour établir à nouveau une filière S. On joue sur les mots, mais dans les faits, il ne sera pas simple de couper la gorge au primat des maths. »

COMMENT LE BAC S’OBTIENDRA-T-IL ?

Depuis longtemps, le calendrier des épreuves du bac, concentré sur le mois de juin, focalise une grande partie des critiques contre le diplôme. Pour alléger cette organisation, son coût et le bachotage qu’elle induit, le nouveau bac s’obtiendra pour partie en contrôle continu (40% de la note globale) et par des épreuves terminales, nationales et sanctionnées par un jury extérieur telles qu’elles existent aujourd’hui, mais réduites à quatre seulement (60 % de la note finale). Restait à savoir comment évaluer ce contrôle continu, toujours sujet à controverses sur la part d’arbitraire qu’il peut comporter, alors que le bac est un diplôme national où l’anonymat garantit l’égal traitement des candidats. Le contrôle continu comprendra donc des épreuves écrites portant sur des sujets nationaux, ren- dus sur des copies anonymes et corrigées par d’autres enseignants que ceux de l’élève. Une sorte de bac blanc finalement qui ressemble à du contrôle continu. Ces épreuves compteront pour 30 % du total du bac, le bul- letin scolaire, lui, pour 10 %.

GRAND ORAL : LES ENJEUX DE CETTE ÉPREUVE

L'AVIS DE BERTRAND PERIER, AVOCAT À LA COUR DE CASSATION ET FORMATEUR À L'ART DE LA RÉTHORIQUE.

C'est la grande nouveauté du bac version Jean-Michel Blanquer. À partir de juin 2021, parmi les quatre épreuves finales, les lycéens devront passer un grand oral. Il consistera, pendant 20 minutes, à présenter un projet en lien avec une ou deux disciplines de spécialité et se terminera par un échange autour de ce projet avec le jury. L'objectif est de favoriser l'aisance à l'oral.

C'est enfin la fin d'une grande injustice, se réjouit maître Bertrand Perier, avocat à la Cour de Cassation et formateur à l'art de la rhétorique dans le cadre d'Eloquentia, un programme de formation et de concours à la prise de parole en public. " Avec cette mesure, on reconnaît enfin l'importance des compétences orales qui sont depuis bien longtemps centrales dans l'enseignement supérieur et dans le monde du travail. Sur le principe, c'est donc une bonne réforme à condition cependant, qu'elle soit accompagnée d'un enseignement sur les tech- niques d'argumentation, sur la gestuelle et sur la voix, sur tout ce qui fait l'art oratoire. Sinon, on ne fera que creuser les inégalités entre élèves car on sait que la façon de s'exprimer est un marqueur social très fort. Et pour que cette épreuve soit réellement formatrice, il ne faut pas qu'elle se résume à une récitation de cours, mais qu'elle permette une vraie éducation à l'argumentation et à l'élaboration de sa propre pensée. "

Y AURA-T-IL UN VRAI LIEN ENTRE ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET LYCÉE ?

Aujourd'hui, les inscriptions dans l'enseignement supérieur se décident avant l'obtention du bac. Les notes obtenues ne conditionnent donc pas la suite des études. Dans la nouvelle mouture du bac, la majorité des résultats seront, au contraire, comptabilisés avant le mois de juin et pourront donc être transmis aux établissements d'enseignement supérieur et pris en compte dans l'étude des dossiers de candidature. Pour ça, deux épreuves terminales correspondant aux deux disciplines de spécialité auront lieu au retour des vacances de printemps. Seules deux épreuves seront passées en juin : l'écrit de philosophie et un grand oral (voir encadré). Autre élément qui lie davantage le lycée à l'enseignement supérieur : " les disciplines de spécialité proposées correspondent en partie aux filières universitaires ", note Bruno Magliulo. Parmi elles, on voit ainsi apparaître la spécialité "sciences de l'ingénieur" ou encore "histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques". Mais chaque lycée ne pourra pas proposer les onze spécialités prévues dans le nouveau bac. " En zone rurale ou dans les petits établissements, l'offre sera évidemment moins large ", pointe déjà Bruno Magliulo. Avec le risque, à la clé, de créer des inégalités entre lycées sur le territoire.

LA VOIE TECHNOLOGIQUE EN PREMIÈRE ET TERMINALE

Dans la filière technologique toutes séries actuelles sont maintenues. Ces séries bénéficient d'enseignements communs : français, philosophie, histoire-géo- graphie, enseignement moral et civique, langues vi- vantes 1 et 2, et éducation physique et sportive. L'élève complète ce tronc commun, en fonction de sa série, par des enseignements de spécialités. L'élève aura entre 26 et 30 heures d'enseignements par semaine en première et entre 27 et 32 en terminale. Une aide à l'orientation sera également prévue dans l'emploi du temps. Avec la réforme, les bacs technologiques ont la même structure d'examen que celle du bac général. Seules, les épreuves de spécialités seront différentes.

DES ENSEIGNEMENTS ADAPTÉS AU MONDE DU TRAVAIL ?

Avec la réforme du bac, quelques nouveaux enseignements apparaissent. Ainsi, le tronc commun comptera deux heures de cours consacrée aux “humanités scientifiques et numériques”. Parmi les spécialités apparaît aussi la discipline “numérique et sciences informatiques”. Pour François Taddéï, directeur du Centre de recherches interdisciplinaires (CRI), il y a urgence aujourd’hui à revoir le contenu des enseignements proposés au lycée. « Le développement de l’intelligence artificielle est tel que si l’école continue à n’évaluer que la capacité à calculer et à mémoriser, il sera bientôt facile d’être remplacés par des machines. Récemment, un robot a réussi le concours d’entrée à l’Université de Tokyo. C’est dire. Si on ne veut pas être concurrencé, il faut donc que l’école développe la créativité, la coopération, l’esprit critique, autrement dit des compétences spécifiquement humaines. C’est à cette condition qu’elle accompagnera les transformations liées au développement de l’intelligence artificielle et permettra à ses élèves de répondre à un marché du travail en pleine évolution. Aujourd’hui, personne ne sait quels seront les métiers demandés dans dix ou quinze ans. »

 

LISE DAVID

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