Comment favoriser la mixité et susciter des vocations

DÉCONSTRUIRE LES STÉRÉOTYPES LE PLUS TÔT POSSIBLE

Les activités de loisirs et scolaires devraient être mixtes : « Mon père, bricoleur, m’a appris tout autant qu’àmon frère à manier les outils », raconte Isabelle Pélisson, professeure en écoles d’ingénieurs par alternance, ancienne élève de l’ENS. Un bain précoce, d’après elle, qui a déverrouillé une forme de surmoi face aux études d’ingénieur. Dans cet esprit, certaines écoles choisissent de travailler, dès l’âge de 6 ans, sur la mixité. Depuis dix ans, la maison d’édition Talents Hauts propose aux CP et CE1 en Île-de-France de concourir pour “Lire égaux” : il s’agit de produire un texte d’album sur le thème de l’égalité fille-garçon (en particulier dans les métiers). Le meilleur texte est sélectionné par un jury d’experts, illustré et publié en librairie. Un bilan toujours positif, qui permet d’analyser les clichés sexistes dès l’école primaire. 

LES FILLES DOIVENT PRENDRE LE TRAIN DU NUMÉRIQUE !

En s’excluant des filières porteuses, comme le numérique, les filles prennent du retard sur le monde de demain. Isabelle Pélisson, professeure dans les écoles d’ingénieurs par alternance, ancienne élève de l’ENS, le regrette : « Ces secteurs pensent le monde de demain. On y apprend à travailler différemment. On y fait de la pédagogie par projets, contrairement aux secteurs plus féminins (les ressources humaines, par exemple), où les cours restent très traditionnels. Résultat ? Les filles sont pénalisées dès le départ, car elles sont moins immédiatement opérationnelles. » 

STIMULER LA FIBRE “TECHNO- ARTISTIQUE”

Une chose est sûre : il faut aller chercher les filles là où elles sont. Les proviseurs de lycées scientifiques et techniques n’hésitent plus à convier les lycéennes pendant les opérations portes ouvertes. En Norvège, NTNU, la plus grande université pour l’ingénierie et la technologie du pays, organise en terminale une journée dédiée aux filles (leur trajet est même pris en charge) ! Il faut aussi titiller leur côté artistique, d’après Isabelle Pélisson, et pour cela « multiplier des filières où dessin, graphisme, technologie se marient. Sans oublier d’organiser des séances mixtes dans les Fab Lab, ces lieux du futur inspirés du MIT (Massachusetts Institute of Technology) où les imprimantes 3D côtoient les fers à souder ». 

DEVELOPPER LE TUTORAT ENTRE FILLES

À l’Unesco, pendant les deux jours consacrés à l’empowerment et au pouvoir des femmes, en juin dernier, le bienfait du tutorat féminin a été évoqué comme une piste d’avenir. « Une jeune Indienne “mentorée” (accompagnée par un mentor) par une étudiante basée au Royaume-Uni a pu poursuivre ses études, avant d’être coachée par une tutrice en chair et en os, explique Clarisse Reille, présidente du groupe Grandes Écoles au féminin. Utile aussi, le tutorat inversé, quand une plus jeune coache une “ancienne”, dans le domaine du numérique, par exemple. » Une formule à multiplier car cette sororité permet aux femmes de développer ce qui leur manque le plus : la confiance en elles. 

SOLLICITER LES RÉSEAUX SOCIAUX

Autre astuce pour susciter les vocations : multiplier les rôles modèles et faire venir les ambassadrices scientifiques dans les classes. C’est la mission que s’est donnée la Fondation L’Oréal – depuis dix ans –, via son volet “For Girls in Science”. Résultat : la Fondation touche chaque année 15 000 ados. C’est bien... mais trop peu ! D’où la décision de frapper plus fort en mobilisant les jeune filles sur les réseaux sociaux. « Nous avons “recruté” les six youtubeuses préférées des adolescentes pour leur demander d’interviewer six femmes scientifiques, expertes dans le domaine qui les intéresse, explique Annie Black, la directrice des programmes science de la Fondation L’Oréal. Exemple ? La surfeuse Pauline Ado fait parler une climatologue de l’impact du réchauffement climatique sur les spots et les vagues. Une façon de tirer les filles par la manche : regardez, on peut être scientifique et dialoguer avec les youtubeuses. » La première vidéo est en ligne depuis début octobre. Les cinq autres vont suivre tous les quinze jours. Objectif ? Toucher 500 000 ados.

SORTIR LES FEMMES DE L’OMBRE

Les quelques stars des sciences (Marie Curie, mais aussi la très jeune Sabrina Gonzalez Pasterski, physicienne née en 1993, déjà surnommée la « future Einstein ») sont certes des modèles... Mais écrasants. « Au cours de mes interventions en classe, explique Delphine Virte, je multiplie les rôles modèles de femmes scientifiques : Hedy Lamarr qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, a élaboré un code de cryptage – premier pas vers le GPS et le WIFI –, Margaret Hamilton, qui a codé le programme Apollo. Je suggère aussi certaines lectures aux adolescentes, depuis Ils & elles ont changé le monde (De La Martinière) jusqu’à Culottées, la BD de Pénélope Bagieu. »

SOPHIE CARQUIN