Quatre métiers au féminin... ou au masculin

Deux filles et deux garçons se sont lancés dans une activité supposée destinée au sexe opposé. Ils racontent leur parcours.

UNE MÉCANICIENNE AUTO

JADE DESCOUTURE, 19 ans

Quand on lui offrait une Barbie, elle la laissait dans un coin, préférant ses petites voitures, puis ses Formules 1 téléguidées. Aujourd’hui, Jade n’aime rien plus que l’odeur d’huile, de peinture et d’essence des garages. « Mon univers », se réjouit cette étudiante en BTS maintenance des véhicules au GARAC, l’École nationale des professions de l’automobile, à Argenteuil (Val-d’Oise). Avant d’entrer dans le supérieur, Jade a passé un CAP et un bac professionnel en mécanique auto. « J’aurais pu faire un bac S, mais comme j’étais passionnée par les voitures, ce n’était pas logique », rapporte la jeune fille, qui veut poursuivre en études d’ingénieur automobile. Jade n’hésite pas à dire que le plus beau jour de sa vie a été son entrée au GARAC.
« Mon rêve devenait enfin possible », se souvient la jeune femme et peu lui importait alors qu’elle soit la seule fille de sa classe puisqu’elle « préfère la compagnie des garçons ». « Bien sûr, j’ai essuyé parfois quelques remarques. Un jour, on m’a dit que j’allais abîmer mon vernis à ongle, mais j’ai toujours choisi d’aller voir la personne et de m’expliquer franchement », rapporte celle qui se veut féminine et estime que c’est par crainte de perdre ce secteur sur lequel ils règnent que les hommes attaquent parfois. « Pas tous, heureusement. Et je peux dire qu’on m’a plus aidée que découragée », assure-t-elle aujourd’hui. 

UN MAQUILLEUR

FABIEN FERRÉ, 27 ans

Fabien a le trait sûr de celui qui aime le dessin. Avant de maquiller, il interroge longuement sa cliente... « Une femme a son regard d’utilisatrice sur les produits. Moi, parce que je ne me maquille pas, j’arrive sans idée préconçue et j’essaie de me couler totalement dans le souhait de ma cliente. » 
Qu’importe donc au jeune homme de se retrouver dans un univers très féminin puisqu’il y apporte sa touche d’homme. Sur sa page Facebook, Fabien Ferré Mode, le jeune auto- entrepreneur aime d’ailleurs afficher ses plus belles expériences, ses moments forts. « En fait, ils sont variés car je fais aussi bien des défilés de mode que des mariages. Et j’aime aussi beaucoup donner des cours d’auto-maquillage », précise ce Breton de 27 ans passé de la coiffure au visage. « Mon rêve a toujours été le monde du spectacle », con e-t-il, mais avant d’en faire partie, il a passé un CAP et un brevet professionnel de coiffure, puis travaillé pendant six ans dans un salon breton. Ce n’est qu’alors qu’il s’est autorisé à venir à Paris pour rejoindre l’école Make-Up for Ever, à Saint-Denis (93). Fabien se réjouit que son entourage l’ait tout de suite encouragé, « sans doute car mon père avait souffert, une génération avant, d’avoir été empêché d’être garagiste, le métier dont il a longtemps rêvé ». Lui, il s’est lancé et il est heureux chaque jour. 

UNE PLOMBIER

SABRINA CHATAIN, 21 ans

Entre Sabrina et la plomberie, ça a été le coup de foudre. « Je préparais un bac professionnel gestion-administration et, dans ce cadre, je suis allée en stage dans une entreprise de plomberie. La première fois que j’ai passé du temps avec les plombiers, après quelques jours au bureau, ça a été un déclic. J’ai su immédiatement que je voulais faire ce métier », raconte la jeune femme de 21 ans, qui, en juin, sera titulaire de son bac professionnel plomberie- chauffage. Sabrina a terminé son premier bac pro, avant de commencer sa formation en plomberie au CFA des métiers du bâtiment de Brétigny-sur-Orge. « Je suis en alternance, ce qui me permet d’être en même temps à l’école et sur le terrain », se réjouit celle qui aime résoudre les énigmes. « Quand on nous appelle, c’est qu’il y a un problème. À nous de trouver ce qui dysfonctionne », lance-t- elle, toujours prête à changer un joint, reprendre une soudure ou analyser l’état d’une chaudière. « C’est un métier varié, qui oblige à s’adapter à son client en étant rapide, intelligent et efficace. »
Dans sa formation, elle n’a pas de copine, mais beaucoup de copains. « Être la seule femme n’est vraiment pas un problème. Au début, ma mère n’était pas très contente que je fasse ce choix parce qu’elle s’imaginait que je devrais porter des charges lourdes et craignait pour ma santé. Aujourd’hui, elle voit que je suis épanouie et qu’il n’y a aucune contre-indication à être une femme dans le bâtiment. Au contraire, il semble que je suis plus soignée et méticuleuse que certains collègues », avance même la jeune femme. En juin, elle passera du statut d’apprentie à celui de salariée. Et qui sait, un jour peut-être, elle deviendra patronne... 

UN SAGE-FEMME

ALEXANDRE POULHAZEN, 23 ans

Longtemps, Alexandre a cru que sa vocation était la gynécologie. « Depuis la fin de l’école primaire, je rêvais de stéthoscope, monitoring et consultations, mais je n’avais pas conscience que c’était la maïeutique qui m’attirait, résume-t-il. La première fois que j’ai évoqué mon envie de devenir sage- femme, c’est durant ma première année de médecine. Là, ma famille a cru que je me focalisais sur cette voie par paresse, car ce concours est réputé plus facile que celui de médecine. » Aujourd’hui, il est en 3e année d’école de sage-femme, à l’hôpital Saint- Antoine, à Paris. À l’issue d’une première année d’études communes de santé, les étudiants doivent en effet choisir de passer le concours de médecine, pharmacie, dentisterie ou maïeutique. Alexandre n’a réellement convaincu ses proches qu’en renonçant à la médecine, où il était reçu, pour se consacrer à la science de la naissance.
« Je voulais accompagner les femmes dans ce plus beau moment de leur vie, tout simplement », observe le garçon assez satisfait d’être le seul représentant de son sexe parmi 43 filles, et pas gêné du tout de cette absence de mixité. « Nous sommes trois garçons dans l’école. Et alors ? ça permet d’être chouchouté », plaisante-t-il. En dépit de cette boutade, il aimerait convaincre d’autres étudiants que sage-femme est aussi un métier qui se décline au masculin. « Bien sûr, je ne connaîtrai jamais personnellement l’expérience de l’accouchement. Mais cela m’oblige justement à être encore plus pointu que les femmes sur l’approche scientifique du sujet », assure Alexandre, lui qui a parfois lu l’étonnement dans le regard d’une patiente, mais a toujours su le dissiper. 

ERMANCE MUSSET