Quels programmes scolaires pour demain ?

En novembre 2013, l'Apel a choisi de s'interroger sur la réforme des programmes scolaires lors d'un petit-déjeuner débat qui a rassemblé experts, parents d'élèves et professeurs.

Des programmes pas assez explicites

Claude Thélot et Philippe Claus

En introduction, Claude Thélot, ancien président de la Commission du débat national sur l'avenir de l'Ecole, a souligné une mauvaise articulation entre le socle commun et les programmes : " On n'a pas une bonne conception des programmes : il faut les écrire en tenant compte du socle commun pour que les fondements que doivent maîtriser les élèves soient solides ". Il estime que ce qui est important, c'est ce qui se passe dans les établissements. Et s'il pense que la liberté pédagogique des enseignants doit être défendue et préservée, il suggère que les enseignants soient davantage accompagnés et évalués pour savoir comment cela se passe dans les classes.

De son côté Philippe Claus, inspecteur général de l'Education nationale, a reconnu l'écart qui existe entre les programmes tels qu'ils sont conçus et leur mise en oeuvre : " Les programmes ne sont pas explicites sur ce qu'on attend des élèves. Il devrait y avoir un accompagnement permanent des enseignants pour mettre le programme en oeuvre dans les classes.

Les parents peu satisfaits des programmes actuels

Pour étayer le débat, Julien Goarant de l'institut Opinion Way, a présenté les résultats de notre sondage sur les programmes scolaires : globalement, les parents se disent peu satisfaits des programmes actuels.

Les programmes vus par les parents et les professeurs

  • 55 % des parents déclarent que ces contenus ne sont pas bien adaptés à ce qu'il est nécessaire d'acquérir pour bien s'insérer dans la société ;
  • 59 % disent qu'ils ne sont pas conçus de manière à pouvoir faire des liens entre les différentes matières enseignées ;
  • 85% déclarent que pour finir les programmes, on survole des chapitres ;
  • 71% pensent que pour les finir, on laisse trop souvent de côté des élèves ;
  • 71% soulignent aussi que trop ambitieux, ils sont rarement terminés en fin d'année.

(Sondage Apel-Opinion Way - novembre 2013)

Des programmes trop lourds et trop théoriques

Antoine, étudiant

De nombreux témoignages ont été apportés lors de ce petit-déjeuner débat. Antoine, étudiant, regrette la lourdeur des programmes, notamment au collège et au lycée. " Quand on pose des questions, les professeurs n'ont pas le temps de nous répondre. Ils nous disent que sinon ils ne pourront pas tenir le programme. " Il aimerait également que l'enseignement soit moins théorique : " Il faudrait plus d'échanges entre les élèves et les professeurs ou entre les élèves entre eux, faire plus de sorties : il n'y a pas assez de lien entre la pratique et la théorie. On étudie pour obtenir un diplôme, mais on n'est pas assez dans l'acquisition des connaissances. "

Béatrice, maman de 3 enfants

De son côté, Béatrice, maman de 3 enfants, nous a fait part de son expérience aux Etats-Unis où sa famille a vécu pendant 15 ans. Ses enfants se souviennent d'un enseignement plus tourné vers la pratique, avec des exposés, des expositions préparées en classe, des heures de vie de classe où les élèves avaient le temps d'échanger sur les cours. De retour en France depuis 3 ans, ils trouvent que les cours qu'ils suivent maintenant, au collège ou au lycées, sont trop magistraux.

Tenir compte des élèves et des évolutions technologiques

En conclusion, Claude Thélot a jugé qu'il était important de laisser davantage les élèves s'exprimer en classe et qu'à partir du lycée, " il faut repenser les programmes en tenant compte de ce que les élèves ont envie d'apprendre ". Mais en ce qui concerne les fondamentaux, il estime que " nous devons prendre la responsabilité d'imposer ce qui doit être maîtrisé par les jeunes ".

Philippe Claus a souligné l'évolution du métier de professeur, notamment avec le développement du numérique : " La transmission ne vient plus que du professeur, les élèves sont différents et les programmes doivent en tenir compte." Mais il a également formulé cette mise en garde : " Si l'on ne dépasse pas le lire, écrire, compter, on creuse les inégalités entre ceux qui, à la maison, ont accès à la culture, et ceux qui n'y ont pas accès. "

Les propositions de l’Apel

Caroline Saliou

Pour clore cette matinée, Caroline Saliou, présidente nationale de l'Apel, a réclamé " des objectifs plus clairs, compréhensibles par toute la communauté éducative ". Il est temps de " stopper la course au respect de programmes irréalisables, qui empêche les enseignants de s'occuper correctement des élèves " estime-t-elle. Elle a ensuite présenté les différentes propositions de l'Apel et souhaite que l'Apel soit consultée par le Conseil supérieur des programmes, dans le cadre de la réflexion sur la réforme des programmes. " Nous ne voulons pas nous substituer au Conseil supérieur des programmes (CSP) et nous ne sommes pas des experts des programmes, mais il est de notre devoir de parents et d'association de parents d'élèves d'exprimer nos attentes. Nous faisons confiance au travail et à la réflexion du CSP et nous savons que nous serons consultés. "

Les propositions de l’Apel pour réformer les programmes

  • Des objectifs clairs
    Permettre la réussite de tous les élèves avec un accès à un niveau minimum de connaissances.
  • Une liberté pédagogique
    Laisser plus d'autonomie aux équipes éducatives, sous l'égide du chef d'établissement.
  • Une évaluation pour tous
    Mesurer la progression des élèves et accompagner les enseignants par un tutorat et par une formation tout au long de la vie.
  • Une modernisation
    Imaginer des programmes moins académiques, moins encyclopédiques, moins théoriques, mais beaucoup plus en lien avec notre société et permettre plus de transversalité entre les disciplines.
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