Pourquoi le métier d’enseignant est-il en crise ?
4 % seulement des enseignants de collège en France estiment que leur profession est valorisée dans la société, alors qu’ils sont 22% dans le reste des pays de l’OCDE. Pourtant, 90% déclarent se sentir heureux lorsqu’ils enseignent. Le Centre national d’étude des systèmes scolaires (Cnesco) à l’origine d’une étude parue hier, a essayé de comprendre les tiraillements ressentis au sein de cette profession.
Le métier est plus complexe…
« Les évolutions de la société demandent plus que la transmission des savoirs, [en particulier] plus d’accompagnement des jeunes dans un monde incertain », analyse Agnès Florin, responsable du Cnesco et professeure émérite en psychologie de l’enfant et de l’éducation à Nantes Université. En France, les enseignants sont 62% à relever que le métier est plus exigeant, contre 39% en moyenne dans l’OCDE.
Les professeurs disent également devoir accomplir plus de tâches administratives qu’auparavant, échanger davantage avec les familles, et mieux adapter leurs cours. En effet, 74% exercent dans des établissements où plus de 10 % des élèves ont des besoins éducatifs particuliers, un chiffre à nouveau bien au-delà de la moyenne internationale (46%). Pourtant, « leurs salaires n’augmentent pas avec l’évolution du métier », relève Pierre Périer, président de la conférence et professeur de sciences de l’éducation à l’université Rennes 2.
Selon lui, les enseignants ressentent également un manque de reconnaissance, « Le vent des réformes souffle très fort sans que les enseignants soient consultés, ils se sentent dépossédés alors qu’ils demandent plus d’autonomie ».
… et attire moins les jeunes
Résultat, la profession intimide les jeunes enseignants. Parmi les Français de moins de 30 ans qui enseignent au collège, 1 sur 7 envisage de quitter la profession dans les cinq prochaines années. Pour le Cnesco, il est urgent d’accompagner l’entrée des jeunes dans la profession et de revoir les référentiels de formation. La réforme de la formation initiale des enseignants, qui prévoit notamment deux années d’alternance rémunérées, a justement pour objectif d’impulser l’attractivité du métier. Bien que la transition vers cette réforme s’annonce complexe, le nombre d’inscrits au concours de recrutement des enseignants a presque doublé par rapport à l’année dernière. Toutefois, Pierre Périer cible un « angle mort » de cette réforme : la formation continue, essentielle pour accompagner sereinement les enseignants dans l’évolution de leur métier. 56% considèrent que l’offre de formation continue n’est pas suffisamment pertinente.