Charles Pépin | © Léa Crespi

Venez rencontrer Charles Pépin !

Propos recueillis par Claire Alméras et Sylvie Bocquet

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Au lancement du congrès 2026 de l'Apel nationale à Nancy, nous aurons la joie d'accueillir Charles Pépin, philosophe et écrivain, sur la question : "Vouloir être libre aujourd'hui : de quoi parlons-nous ?"

Nous l'avions rencontré en octobre 2025 pour le numéro de rentrée 2025 de Famille & éducation, le magazine de l'Apel n°559. Il portait un regard philosophique sur la parentalité, et déjà sur la liberté.

Charles Pépin se tiendra à la disposition des congressistes pour une séance de dédicace avant sa conférence le vendredi 5 juin de 14h30 à 16h30 dans le hall des exposants. Ses livres seront en vente sur le stand de la librairie.

Sentez-vous que les libertés sont entravées ?

Pour l’essentiel, nos libertés sont garanties par un état de droit. Mais la liberté, au sens plein et philosophique, c’est autre chose. Et là, la question est plus difficile. D’abord, parce qu’on a souvent une fausse idée de la liberté. Les gens pensent que la liberté, c’est de ne pas avoir de contraintes. C’est totalement faux. On a tout le temps des contraintes : temporelles, matérielles, physiologiques, sociales, économiques. Donc si on pense la liberté comme absence de contraintes, on ne sera jamais libre ! La liberté, avec Bergson, c’est d’être en harmonie avec sa personnalité jusqu’au cœur des contraintes. Ou avec Nietzsche ou Spinoza, c’est l’idée que je suis libre non pas quand je me suis arraché aux contraintes, mais quand je les comprends, que je les analyse, que je les connais. On arrive à une autre idée très philosophique : la liberté, c’est la lucidité.


Il y a un grand malentendu sur le mot liberté alors ? 

Énorme ! C’est même pire que ça. Je dirais que c’est presque un miroir inversé : plus les gens crient qu’ils sont libres, plus ils sont esclaves. D’où la nécessité de dire « attention, la liberté totale est un leurre ». En revanche, si on comprend comment nous sommes contraints, conditionnés socialement, familialement, économiquement, historiquement, physiquement, génétiquement… certes, il ne restera pas beaucoup de liberté, mais c’est celle-là, la vraie liberté. 
Mes réponses ne sont pas excitantes ni celles que les gens veulent entendre... Mais je voulais dans ce livre qu’elles dessinent ma philosophie de façon cohérente, sans mentir et parfois en assumant une réponse mesurée. Par exemple, à propos de la confiance en soi : on entend qu’elle peut être illimitée, qu’à force d’y croire, tout est possible. Sky is the limit! « Si tu veux, tu peux. » Moi je dis qu’au contraire, il n’y a pas plus douloureux, violent et contre-productif que cette idée. Parce qu’il y a plein de moments où on veut, mais on ne peut pas. Et que la confiance se conquiert laborieusement, petit à petit. Qu’elle est moins une confiance en soi qu’une confiance en les autres et en le monde.

Je suis libre non pas quand je me suis arraché des contraintes, mais quand je les comprends, que je les analyse et que je les connais.

Charles Pépin

Comment transmettre la notion de liberté à ses enfants quand, d’un côté, on veut en faire des êtres libres, et de l’autre, on leur fixe un cadre et des limites ?

Dans le jeune âge, c’est bon d’avoir des interdits qui cadrent. Freud a bien montré que cela apaise l’angoisse infantile. Quand les enfants sont plus grands, je pense que le secret, c’est de toujours justifier rationnellement les contraintes qu’on leur impose. Parce que si on contraint l’enfant avec des « tu vas te coucher à telle heure », « tu éteins ton portable à telle heure », « tu lèves la main avant de prendre la parole », etc. sans le justifier par une argumentation rationnelle, on crée des esclaves psychiques, des gens habitués à se soumettre aveuglément à l’autorité, et en plus, on rend possibles des systèmes totalitaires. Selon Kant, même si l’enfant est petit et qu’il ne peut pas comprendre toute la justification, il faut la lui donner quand même, parce que cela développe sa raison et qu’il voit bien qu’il ne subit pas un pouvoir arbitraire, mais un pouvoir qui tente de se justifier par un argumentaire. Évidemment, les enfants n’arrêtent jamais de négocier… Dans ce cas-là, il y a une possibilité de dire « c’est comme ça. Je t’explique que tu es trop petit et que tu comprendras plus tard ». 

Retrouvez l'interview complète :
 

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