PISA 2025 : Virginie Durin appelle à renouer le dialogue entre parents, jeunes et école

Entretien réalisé par Angèle Delbecq – Famille & éducation

Les résultats de PISA 2025, publiés le 8 septembre, confirment un recul des performances des élèves français en mathématiques et en compréhension de l’écrit, tandis que les résultats en sciences restent globalement stables. L’enquête révèle aussi un phénomène préoccupant : le recul du dialogue entre les adolescents et leurs parents autour de l’école. Pour Virginie Durin, nouvelle présidente nationale de l’Apel, ces résultats doivent conduire à renforcer la relation entre les jeunes, leurs parents et l’école, plutôt qu’à engager une nouvelle réforme.

Seuls 63 % des élèves de 15 ans déclarent que leurs parents leur demandent au moins une fois par semaine ce qu’ils font pendant leur journée à l’école, contre 74 % en 2022. Comment expliquez-vous cette baisse ? 

Les parents ne se désintéressent pas de leurs enfants ni de leur scolarité. Mais beaucoup vivent aujourd’hui avec une charge mentale très forte : contraintes professionnelles, difficultés économiques, inquiétudes face à l’avenir… Tout cela peut réduire le temps et la disponibilité nécessaires au dialogue. 

Nous devons aussi nous interroger sur la façon dont nous parlons de l’école avec nos adolescents. Nous leur demandons facilement : Quelle note as-tu eue ? As-tu fait tes devoirs ? Mais peut-être pas assez : Comment s’est passée ta journée ? Qu’as-tu appris ? Qu’est-ce qui t’a intéressé ou posé problème ? 

Avant de parler à son enfant de sa scolarité, il faut d’abord parler avec lui. Cela paraît simple, mais c’est essentiel. Pour l’Apel, les parents restent les premiers éducateurs de leurs enfants. Notre rôle est de les accompagner pour qu’ils puissent pleinement tenir cette place. 

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, souligne également la place prise par les écrans dans la vie des parents. Qu’en pensez-vous ? 

Les écrans font partie de nos vies et de celles de nos enfants. La question n’est pas seulement de les interdire, mais de ne pas les laisser remplacer la relation. 

Ils peuvent d’ailleurs devenir un support de dialogue. Mon fils de 16 ans m’envoie, par exemple, des vidéos de sketchs qu’il réalise avec ses camarades. Cela nourrit notre complicité et me permet d’entrer dans son univers. 

Mais nous devons préserver des moments réellement partagés : un repas, un film regardé ensemble, une discussion dans la voiture ou simplement quelques minutes où l’on se rend disponible. À l’heure où les jeunes peuvent trouver instantanément des réponses sur les réseaux sociaux ou auprès d’une intelligence artificielle, la parole d’un parent, son écoute et sa présence restent irremplaçables. 

Faut-il renforcer encore les fondamentaux pour redresser le niveau des élèves ? 

Les résultats de PISA doivent être pris très au sérieux. Mais ils ne doivent pas déclencher automatiquement une nouvelle réforme. 

Beaucoup de mesures ont déjà été engagées ces dernières années pour renforcer la lecture, l’écriture et les mathématiques. Les familles comme les enseignants ont aujourd’hui besoin de stabilité, de lisibilité et de confiance. 

L’Apel ne demande donc pas une réforme supplémentaire en réaction à chaque classement international. Nous plaidons pour que les établissements et les équipes éducatives disposent de marges de responsabilité leur permettant de répondre aux réalités de leurs élèves et de leur territoire. 

L’enjeu est aussi de reconstruire une véritable alliance éducative. On ne redressera pas durablement le niveau des élèves en opposant l’école, les enseignants et les parents. C’est ensemble, chacun à sa place et dans son rôle, que nous pourrons aider les jeunes à apprendre, à grandir et à retrouver confiance dans l’école.  

À lire également

Découvrez tous les articles