Mike Berners-Lee | © DR

Climat : « Essayons d’en faire plus sans culpabiliser »

Claire Alméras, mis à jour par Maxence Bécourt

Entretien avec Mike Berners-Lee, professeur à l’université de Lancaster au Royaume-Uni. Auteur de l’ouvrage « Peut-on encore manger des bananes ? » (L’arbre qui marche, 2024), il explique l’importance des gestes écologiques quotidiens à l’ère du dérèglement climatique.

Que dire à ceux qui pensent que les petits gestes ne comptent pas ? Les actions personnelles sont importantes parce qu’elles apportent de l’intégrité à ce que nous faisons et elles établissent une culture. Une chose est sûre : aucun d’entre nous n’est parfait, et si nous devons nous efforcer de faire mieux, nous ne devons pas non plus nous culpabiliser. Nous devons célébrer nos succès et essayer d’en faire plus. C’est bien mieux que de ne rien faire du tout.

La technologie apportera-t-elle des réponses ? La bonne nouvelle, c’est que nous avons à portée de main toutes les technologies nécessaires pour passer à une économie à faible émission de carbone, comme l’énergie propre, les technologies de l’hydrogène… Nous devons développer et déployer certaines d’entre elles le plus vite possible. Quant à la technologie de captage et de stockage direct de l’air, qui semble être une solution miracle, elle ne l’est absolument pas. Mais les technologies ne suffisent pas si nous ne disposons pas également de politiques économiques adaptées et de la bonne culture.

Comment sensibiliser son entourage, sa famille ? Il est important de parler de la crise climatique et de défier tous ceux qui en parlent comme si elle n’était pas réelle ou n’avait pas d’importance. Parfois, cela nous oblige à faire ou à dire des choses qui demandent du courage. Si c’est le cas, rappelez-vous que chaque fois que vous faites quelque chose d’inhabituel, il est plus facile pour les autres de le faire aussi. Une récente enquête d’opinion menée dans 125 pays a révélé qu’une grande majorité (69%) souhaitait voir davantage d’actions sur le climat, mais que les gens pensaient que seule une minorité souhaitait la même chose. Dans tous les pays, les personnes souhaitant un changement sont plus nombreuses que ce que l’on croit. Cela signifie que nous devons tous faire savoir aux personnes qui nous entourent à quel point nous nous sentons concernés. Elles ne penseront pas que nous sommes bizarres. Elles seront réconfortées, soulagées et motivées. 

Attention aux idées fausses et parfois contre-intuitives !

Des fraises venues d’Espagne en camion émettent 1,8 kg de CO2/kg, contre 0,7 pour un kilo de bananes bien qu’elles viennent de loin, en voyageant par bateau.

Entretien tiré du magazine Famille & éducation n°552 de mai - juin 2024.