"Faire grandir le sentiment d’appartenance à la communauté" - Rencontre avec Guillaume Prévost, Secrétaire général de l'enseignement catholique
Qu’est-ce qui vous a le plus positivement marqué sur le terrain depuis votre arrivée ?
La vraie richesse de l’enseignement catholique est la part de l’initiative des personnes. Alors que l’on peut avoir une vision descendante, normée, de conformité de l’école, l’enseignement catholique reste un espace de liberté, d’initiative, d’engagement, et de forte participation des familles. Lors de visites dans des écoles, rurales notamment, j’ai rencontré des communautés locales investies, jusqu’à l’entretien des bâtiments ou pour trouver des solutions pour la cantine… Les enseignants se sentent pleinement éducateurs, dans tous les sens du terme. Toutes ces personnes n’attendent pas que les solutions viennent d’ailleurs, elles prennent pleinement leur part et cherchent des solutions au plus près de leurs réalités locales, et ceci est à préserver dans un contexte qui reste compliqué.
Selon vous, qu’est-ce qu’un parent pleinement « acteur » dans l’enseignement catholique aujourd’hui ?
Nous devons prendre garde à cette notion d’être acteur dans un contexte de fragilisation des familles. Un quart des enfants vivent seuls avec un parent, les familles monoparentales sont souvent plus pauvres et rencontrent plus de difficultés. Les familles peuvent donc venir chercher un appui à l’école, cela n’en fait pas forcément un parent consommateur pour autant. Le rôle de l’établissement est d’apporter une garantie aux parents, de les rassurer, de répondre à leurs inquiétudes, dans un contexte où l’école est devenue anxiogène, pour des parents qui ont parfois eu un rapport compliqué à l’école quand ils étaient enfants. Attention à ne pas culpabiliser les familles. Nous devons les accompagner, leur faire confiance, aller à leur rencontre, leur permettre de donner leur avis. Sur le champ de l’orientation par exemple, c’est un sujet à discuter avec les familles, il ne s’agit pas d’imposer une norme de la réussite. Ainsi, pour que les parents soient partie prenante, il faut qu’ils trouvent leur place à l’école. Nous sommes au service des familles et pas l’inverse, nous devons répondre à leurs besoins, entendre leurs difficultés. L’enquête PISA 2023 [Programme international pour le suivi des acquis des élèves] montre que le premier facteur de réussite d’un enfant, c’est l’implication de ses parents dans sa scolarité. C’est dire à quel point il est important de développer une vraie politique de soutien aux familles et de mixité, et en particulier pour celles qui se sentent moins sûres d’elles. L’école ne doit pas se substituer aux familles mais elle doit aller vers elles.
Nous sommes au service des familles et pas l’inverse.
Qu’attendez-vous concrètement de l’Apel dans les années à venir, au service des établissements et des familles ?
La force de l’enseignement catholique, c’est sa culture de la personne, de l’initiative, de l’attention, de la relation. Ce qui nous lie et nous relie, c’est la promotion de cette culture partagée et notre intention de la transmettre. Quelles que soient les raisons pour lesquelles un parent pousse la porte d’un établissement de l’enseignement catholique, nous n’avons pas à le juger mais nous devons entrer en relation avec lui. La mission de l’Apel est de faire vivre cette communauté et que chaque parent entre dans un lieu où il soit bien, où il ait sa place au service de cette culture partagée. Au cœur de notre projet commun, c’est l’avenir de nos enfants que nous partageons. L’Apel doit être le lieu de l’inspiration d’une communauté éducative ouverte et active.
L’Apel doit également être une force dans le débat public pour faire entendre cette voix selon laquelle l’école est avant tout une communauté. Nous devons dire et assumer que ce qui nous réunit, ce sont nos enfants, malgré nos différences.
L’Apel est une association non confessionnelle, cela signifie ouverte à tous, c’est selon moi l’Évangile en action, aller à la rencontre du monde. La question de la mixité scolaire n’est pas une question de sociologie ou de cartographie, c’est le désir commun et partagé de remettre au cœur de l’école l’envie d’être ensemble, d’être en relation, avec les familles, pour les enfants.
La question de la mixité scolaire n’est pas une question de sociologie ou de cartographie, c’est le désir commun et partagé de remettre au cœur de l’école l’envie d’être ensemble, d’être en relation, avec les familles, pour les enfants.
L’enseignement catholique accueille des familles très diverses : comment associer tous les parents au projet éducatif, quelles que soient leurs convictions ?
En communiquant davantage sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous différencie. Tous les parents veulent le meilleur pour leur enfant, qu’il ait des copains, qu’il se sente bien à l’école, qu’il ait de bons résultats. Réalisons à quel point les parents partagent l’essentiel, au lieu de mettre en permanence nos différences en avant. Nous devons apprendre à dire ensemble, et se répéter, ce que nous avons en commun. On entre dans l’enseignement catholique pour partager. Une école qui fonctionne bien est une école qui a créé une culture partagée. L’objectif est de promouvoir un sentiment d’appartenance à travers le projet éducatif ainsi que la pleine participation des parents. Prenons l’exemple de l’enseignement de l’EVARS [Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle] : c’est l’occasion pour l’équipe éducative d’associer les parents pour échanger sur les difficultés rencontrées, les questions que cela pose… Il en est de même pour d’autres sujets tels que l’anorexie mentale, la dysphorie de genre, qui préoccupent toutes les familles quelles que soient leur religion et leurs convictions. Cette communauté peut également échanger sur l’aménagement d’un secteur pour les élèves qui apportent leur lunch box, c’est une manière de diminuer les frais de scolarité… Dans cet espace de dialogue et de rencontre, la communauté peut promouvoir un projet éducatif partagé, autour de vrais moments de partage de bonnes pratiques. Il faut aller à rebours de certaines croyances. L’enseignant ne peut pas tout faire tout seul. Il peut solliciter une diversité d’intervenants à l’école, des associations locales engagées sur des sujets précis, des parents qui vont présenter leur métier…
Tout l’enjeu est de trouver comment faire concrètement grandir le sentiment d’appartenance à cette même aventure, c’est le défi de l’enseignement catholique à l’avenir.
Sur quel sujet s’engager ensemble ?
Nous devons avoir le courage de nous porter devant nos fragilités et ne pas mettre le sujet des violences faites aux enfants sous le tapis. Comme le dit Saint-Paul :« C’est quand je suis faible que je suis fort ». Nous devons reconnaître notre part de responsabilité dans ce qui s’est passé. Les criminels des sévices commis sont coupables mais ils ne sont pas les seuls responsables. Notre rôle est d’apporter des garanties aux familles et aux enfants, la confiance, la dignité, l’amour de Dieu, or ils n’ont pas trouvé cette promesse. Nous devons remettre le projet éducatif chrétien au cœur de nos établissements. Notre fragilité est notre trésor, nous devons assumer nos responsabilités, reconnaître là où la communauté a failli à garantir notre projet dans nos établissements. Comment agir, quels outils devons-nous mettre en place pour détecter les prédateurs sexuels ? Le seul moyen de répondre à cette question est de faire attention à la personne dans ses fragilités. Nous devons aller à la rencontre de l’autre, faire attention les uns aux autres, c’est ça la fraternité. Cette question des violences appelle un projet éducatif pleinement chrétien, nous devons en parler, nous saisir de ce sujet en vue d’une conviction réaffirmée : nous avons une grande occasion d’être faible.
Propos recueillis par Valérie Fontespis-Loste
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